Communiquer sur les réseaux sociaux : une fausse bonne idée ?
Il y a 15 ans, le petit monde du webmarketing était unanime, ou presque. Le site web, c’était dépassé, l’avenir était dans les réseaux sociaux. Et il faut bien l’admettre, ils n’avaient pas totalement tort. Pas totalement.
Aujourd’hui, vous, moi, la plupart des utilisateurs du web, nous passons beaucoup de temps sur ces plateformes. Et même trop de temps, soyons honnêtes !
Il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’aspect éthique des réseaux sociaux. Et rien que ça, ce serait déjà une bonne raison d’en sortir.
Mais sans même parler de ça, est-ce que c’est vraiment un canal efficace pour faire connaître vos activités sur le web ?
Il y a du pour, et du contre. Ces plateformes comptent de nombreux utilisateurs, peut-être intéressés par ce que vous leur proposez. Mais ça ne sera pas suffisant pour les convaincre, ou même les toucher. Dans certains cas, ils n’auront même pas vu que vous étiez là, ou que vous avez publié.
D’autres canaux, comme le SEO, sont bien plus efficaces pour attirer des visiteurs à soi.
Alors on pourrait se demander s’il ne vaudrait pas mieux arrêter les réseaux sociaux. Dans l’absolu, ce serait souhaitable. Mais dans la pratique, vous avez encore une carte à jouer sur ces plateformes des Enfers.
Comment les réseaux sociaux sont-ils devenus aussi importants ?

Aujourd’hui, les réseaux sociaux comptent des milliards d’utilisateurs. Facebook, c’est plus de 3 milliards. Juste derrière, YouTube en compte 2,5 milliards. À la troisième place, on trouve Instagram, avec 2 milliards d’utilisateurs.
Ces chiffres sont énormes, mais ils ne disent rien sur l’essentiel : comment vous ou moi, nous percevons ces plateformes. Facebook a été longtemps un réseau cool, très apprécié des jeunes. Mais aujourd’hui, il est en voie de ringardisation. Ce qui le sauve, c’est une rente de situation : nous restons sur Facebook parce que tout le monde y est.
Cité comme le second réseau social, YouTube a une autre logique. Votre compte vous permet à la fois de regarder les vidéos des autres, de les commenter, mais aussi de publier les vôtres.
Si on parle des paramètres de base de votre compte, il n’y a aucune différence entre Squeezie et vous. Mais bien sûr, si on parle en nombre de vues, c’est autre chose !
Facebook et YouTube ont un avantage significatif, malgré des utilisateurs moins satisfaits : une communauté énorme.
Ainsi, même si les conditions d’utilisation deviennent moins intéressantes, et si les fameux algorithmes vous désavantagent, vous allez quand même sérieusement hésiter à fermer votre compte.
Mais comment ces plateformes sont-elles devenues les géants que l’on connaît ?
Ce qu’on a toujours fait sur Internet : partager du contenu, y réagir et le commenter

Publier du contenu, le partager, le commenter et y réagir, c’est la base d’Internet. On le faisait déjà il y a trente ans, et aujourd’hui, on continue.
Il y a eu les newsgroups, puis les forums de discussion. En lieu et place de sites web, il y en avait une déclinaison plus simple : les pages personnelles. Puis ce fut l’avènement des blogs.
Les millenials se souviennent de la grande époque des Skyblog, Blogspot, Kazeo, etc. Il y avait tout une communauté d’utilisateurs, et donc, vous aviez d’ores et déjà un public prêt à vous suivre.
Les adolescents partageaient leur blog à leurs amis du lycée, commentaient et échangeaient. Et déjà à cette époque, le mot d’ordre, c’était « Lâche tes comm’s ! » Autrement dit : « commente ».
Aujourd’hui trentenaires, beaucoup de jeunes de cette époque y repensent avec un mélange de nostalgie et de gêne.
Une chose n’a pas changé : aujourd’hui, comme à l’époque, exister sur le web, ça passe par l’engagement. Il faut commencer par publier. Mais ensuite, les autres doivent partager et commenter.
Ça vaut pour l’adolescent qui fait des reels sur Instagram avec un smartphone ou pour le YouTuber professionnel à plusieurs millions d’abonnés. Le but est identique, même si l’échelle est différente, et avec elle, les retombées économiques.
Une communauté abondante
Quand vous recherchez la visibilité, ça semble logique d’aller sur une plateforme où les utilisateurs sont nombreux.
C’est exactement pour les mêmes raisons que vous mettez votre voiture ou votre armoire en vente sur LeBonCoin. Vous y allez pour être sûr que quelqu’un tombe sur votre annonce. Publier sur un site où personne ne va, ça ne sert à rien.
C’est ça, d’ailleurs, la fameuse rente de situation de Facebook. Tout le monde y est, parce que tout le monde y est.
Pour la plateforme, c’est un cercle vertueux. Le meilleur argument pour y créer un compte, c’est qu’elle compte déjà de nombreux abonnés.
Une prise en main (relativement) simple
Mais ça ne nous dit pas comment elle a attiré ces (très) nombreux utilisateurs.
En premier lieu, il y avait un besoin auquel elle devait répondre : avoir un canal d’expression et de discussion avec d’autres internautes.
Le principe de base reste toujours le même. En revanche, la prise en main et le principe propre à chaque réseau, ça, ça peut beaucoup changer.
C’est pour ça que Twitter (aujourd’hui X) a toujours eu un public plus restreint que Facebook.
Mais même la prise en main de Facebook a demandé un temps d’apprentissage :
- Comprendre la nécessité d’avoir un compte pour accéder au contenu ;
- La symétrie des relations (à la différence de Twitter ou Instagram) ;
- Les termes spécifiques, comme le « Mur » ou le « Poke ».
Mais sa simplicité relative (et surtout son absence d’un concurrent sérieux) ont permis l’explosion de ce réseau.
La gratuité
Autre point important sur la popularité des réseaux sociaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on ne réfléchit pas trop avant de se lancer dessus : leur gratuité.
Les utilisateurs pensent, à tort, que si c’est gratuit, ça ne les engage à rien. La réalité est un peu plus subtile, j’en parle plus loin dans cet article.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est que la gratuité d’usage est la meilleure planche de salut d’une plateforme.
Démonstration par l’absurde : est-ce que vous vous souvenez de CouchSurfing ? À l’origine, cette plateforme était dédiée aux voyageurs à la recherche d’un hébergement dans leur pays de destination.
Comme pour beaucoup de start-ups américaines, l’accès était totalement gratuit. Et très vite, ce site est devenu bien plus qu’une simple plateforme pour chercher ou proposer un hébergement. C’est devenu un moyen de faire des rencontres, lier des amitiés.
Un peu partout, on trouvait des communautés CouchSurfing qui organisaient des rendez-vous hebdomadaires.
Quand l’accès est devenu payant, la communauté s’est réduite à peau de chagrin en quelques semaines.
Autre réseau social qui a subi le même sort : OVS. Après avoir longtemps fonctionné en Freemium, ce site a perdu toute sa dynamique quand il est passé en 100% payant. Et pourtant, les utilisateurs se comptaient parfois par dizaines de milliers sur une même ville.
Un réseau social est gratuit, parce qu’il a intérêt à ce que vous passiez un maximum de temps sur son site. Et il a intérêt à ce qu’on soit le plus nombreux possible à le faire.
Toute sa valorisation en dépend. Bien souvent, la question de la rentabilité est secondaire.
Perte de visibilité : pourquoi ça ne marche plus ?

Si vous avez une entreprise, vous avez un idée fixe : publier pour vous faire connaître.
Vous le faites sur les réseaux sociaux, parce que c’est gratuit, donc, mais aussi parce que ça ne demande pas de compétences techniques avancées.
Le problème, c’est que ça prend quand même du temps, beaucoup de temps. Et que les résultats sont souvent décevants. Le fait de faire beaucoup de vues, ça ne veut pas dire qu’à la fin, on va vous donner de l’argent.
Parfois, vous parviendrez, en publiant sur le bon groupe, à partager la bonne publication, qui va faire mouche, éventuellement vous occasionner quelques ventes.
Et ensuite, l’algorithme va réduire la portée de vos publications… Pour vous inciter à payer pour des liens sponsorisés. Autrement dit, la plateforme vous propose de payer pour continuer d’avoir une visibilité que vous étiez parvenu à avoir gratuitement.
Ainsi, en publiant le même type de contenu, dans les mêmes conditions, sur la même plateforme, tous les jours pendant un mois, vous arriverez parfois à des résultats différents. Et vous ne comprendrez pas pourquoi.
L’explication, en réalité, est très simple : Les réseaux sociaux ne travaillent pas pour vous ; c’est vous qui travaillez pour eux.
Ce que veulent des réseaux sociaux : l’engagement et le temps passé sur la plateforme
Bien sûr, si vous allez sur Facebook, X, Instagram, ou autre, vous y trouvez votre compte. C’est pour ça que vous y retournez, d’ailleurs.
Ces plateformes sont étudiées pour que vous ayez envie d’y aller, d’y rester, d’y retourner. C’est le fondement même de l’économie de l’attention. Et pour valoriser le plus possible le temps que vous y passerez, elles vous incitent à réagir, à commenter, à partager.
C’est pour cette raison qu’elles valorisent le contenu qui vous fait réagir. Et le problème, c’est que n’importe quelle réaction fait l’affaire. Ça ne veut pas dire que le contenu vous plaît. Parfois, c’est même tout le contraire. J’en ai déjà parlé dans les pires pratiques de la création de contenu. « Bad buzz is still buzz », comme on dit.
Mais les algorithmes vont plus loin encore. Ils vous dictent quoi publier, sous quel format, à quelle fréquence, en fonction de ce qui est susceptible de générer le plus d’engagement.
Vous devez donc composez avec les intérêts propres d’une plateforme. Et souvent, ces intérêt n’ont pas grand-chose à voir avec les vôtres.
Ce que vous voulez, vous : du trafic sur votre site, avec des ventes à la clé
L’acquisition de trafic, c’est sans doute le point critique, où vos intérêts vont s’opposer à ceux des réseaux sociaux.
Imaginez.
Vous communiquez sur un réseau social, pour faire connaître l’existence de votre site Internet. Pendant ce temps, le réseau social sur lequel vous communiquez fait des pieds et des mains pour garder les gens sur son site.
Évidemment qu’il va y avoir conflit, et évidemment que la plateforme va avoir l’avantage. C’est elle qui décide quels contenus elle met en avant, rappelez-vous.
Alors pour éviter d’être pénalisé par l’algorithme, vous vous en tenez au contenu natif (hébergé directement sur la plateforme).
Autrement dit, vous composez avec une plateforme, qui vous dicte quoi faire. Une plateforme qui influence jusqu’à votre stratégie éditoriale, en vous imposant son rythme de publication, ses formats. Et si ça ne vous plaît pas, tant pis pour vous.
Vous vouliez plus de trafic sur votre site, pour amener plus de monde sur votre page de vente ? C’est un peu raté, j’en ai peur.
Finir noyé dans la masse : l’effet pervers du grand nombre d’utilisateurs
Pour comprendre les tenants et aboutissants de ces fameux algorithmes, il faut garder une chose à l’esprit : les réseaux sociaux brassent des centaines de millions de comptes, voire des milliards.
Il n’est donc pas toujours facile de savoir quel compte mettre en avant, auprès de qui.
D’où l’importance des algorithmes.
Et c’est là que ces gigantesques plateformes atteignent leurs limites. Facebook, ce n’est pas seulement 3 milliards d’utilisateurs actifs. C’est aussi 3 milliards de concurrents potentiels pour le contenu que vous publiez.
Si tout le monde est sur Facebook, ça veut dire que tous vos concurrents y sont aussi. Et selon toute vraisemblance, ils ne vous auront pas attendu.
Il est donc difficile de ne pas finir noyé dans la masse.
Une dynamique malsaine
Les intérêts incompatibles entre vous et la plateforme, le rapport de force clairement inégal, l’injonction à publier coûte que coûte… À ce stade, vous devez vous dire que quelque chose ne va pas.
Et vous avez raison.
Les réseaux sociaux nous enferment dans une dynamique malsaine. Et il est difficile d’en sortir, parce que la pression sociale vous pousse à y rester. Essayez de ne pas être sur WhatsApp quand vous êtes dans une association qui communique sur ce canal. Essayez de ne pas être sur Facebook quand votre entreprise s’en sert pour communiquer.
Certes, ces réseaux sociaux vous rendent des services. Mais beaucoup moins que ce que vous pensez.
Je vous le redis : ils ne travaillent pas pour vous, c’est vous qui travaillez pour eux.
Si vous ne payez pas, vous n’avez aucun droit
Sur le web, il y a une culture de la gratuité qui est profondément ancrée dans les mœurs. Mais il ne faut pas s’y tromper : cette gratuité est illusoire.
Il y a toujours, toujours, quelqu’un qui paye derrière chaque page web que vous visitez.
Ce que paye ce quelqu’un, c’est un nom de domaine, un hébergement, généralement les deux. Et c’est ce quelqu’un qui a le pouvoir de vie et de mort sur cette page web.
Autrement dit, c’est cette personne le véritable ayant droit. Si vous publiez sur une plateforme de blogging, ou sur un réseau social quelconque, le propriétaire a le pouvoir de vous faire disparaître.
C’est quelque chose qui doit vous mettre en alerte.
Vos communautés Facebook et Instagram ne vous appartiennent pas
Vous n’avez pas versé d’argent à des plateformes comme Facebook, Instagram ou TikTok. Néanmoins, vous avez réuni une grosse communauté sur ces plateformes.
J’ai une mauvaise nouvelle pour vous : ces communautés ne vous appartiennent pas.
Vous avez un certain nombre de droits dessus, par exemple, admettre ou exclure un membre. Mais si votre réseau social de référence décide de supprimer votre compte, vous perdez tout du jour au lendemain.
Un travail de plusieurs années, réduit à néant en un instant.
Et malheureusement, même en étant exemplaire, et respectueux des CGU, vous n’êtes pas à l’abri de ce genre de chose.
Vous souvenez-vous de Google+, le réseau social lancé par Google ? Certaines personnes l’ont investi pour développer leur communauté, mais la plateforme a fini par disparaître. Plusieurs mois, parfois plusieurs années de travail, pour rien.
D’autres plateformes avaient un potentiel, mais ont fini par disparaître. Au début des années 2010, de nombreux indépendants français ont investi Viadeo. Aujourd’hui, ce réseau est exsangue. Tout ça pour ça !
Si c’est gratuit, c’est vous le produit
Je le redis, encore une fois : les réseaux sociaux ne travaillent pas pour vous, c’est vous qui travaillez pour eux.
Vous ne les payez pas pour un service. Vous n’êtes donc pas client. Pour autant, vous êtes essentiel pour eux.
Pourquoi ? Parce que vous renforcez leur valeur.
L’enjeu d’un réseau social, ce n’est pas d’être rentable, c’est de voir sa valorisation monter. Plus il compte d’utilisateurs, plus sa cote monte. Plus ses utilisateurs publient, plus sa cote monte. Et plus ses utilisateurs passent de temps dessus, plus sa cote monte.
Le chiffre d’affaires devient presque accessoire. Comme souvent dans l’univers des startups, c’est une question secondaire, une question « pour plus tard ».
Et quand vient ce fameux « pour plus tard », vous voyez très vite à quoi sert votre présence. Pour reprendre un certain dirigeant de chaîne de télévision, vous êtes « un cerveau disponible » pour un annonceur, un publicitaire.
Autrement dit, les véritables clients, ce sont les annonceurs. Et ce qu’on leur vend, c’est vous. Un immense vivier de consommateurs potentiels, à l’attention disponible.
De vraies questions éthiques pour nous aussi
Dès qu’on a cet aspect en tête, il devient difficile de ne pas être très critique sur les réseaux sociaux.
Sur ces plateformes, non seulement nous courons après la popularité de façon un peu vaine, mais nous contribuons aussi à faire rester les autres sur cette plateforme.
Autrement dit, nous contribuons à la valorisation boursière de ces plateformes. En soi, ça n’est pas si grave, mais le problème, c’est la méthode employée.
Facebook, Instagram et tous les autres nous encouragent à publier, à générer de l’engagement. Mais ceux qui en profitent le plus, ce sont eux, et dans une moindre mesure, ceux qui les payent.
Dans ce système, nous sommes à la fois victimes et complices. Victimes, parce que les réseaux sociaux ne nous font pas vraiment de bien. Et complices, parce que nous maintenons d’autres personnes sur une plateforme web qui ne leur fait pas du bien, à elles non plus.
Faut-il abandonner les réseaux sociaux ?
Après tout ce que je viens d’écrire, la réponse peut paraître évidente.
Il faudrait arrêter complètement d’aller sur les réseaux sociaux, ces plateformes abrutissantes, qui nous conduisent à la confrontation, nous rendent accro à la dopamine, nous poussent à la confrontation avec les autres…
Il faudrait qu’on arrête, et pourtant… C’est compliqué.
Parce qu’on y trouve notre compte, malgré tout, même si ce n’est pas autant qu’on le croit.
Les grands principes…
D’un point de vue éthique, il est difficile d’être d’accord avec ce qui se passe autour des réseaux sociaux.
Pour la majorité d’entre elles, les grandes plateformes de réseaux sociaux sont basées aux États-Unis. Or la législation américaine est très permissive sur la collecte de données personnelles.
Rien de grave, me direz-vous, les États-Unis sont une force alliée. Mais le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pourrait bien changer la donne.
L’affaire Snowden avait déjà sonné comme un avertissement. Elle a révélé l’inclination des agences de renseignement américaines pour la surveillance de masse. Dans ce contexte, les GAFAM étaient des complices directs, grâce à l’énorme volume de données personnelles que nous leur avons laissées.
… et le principe de réalité
Avec tous ces arguments contre les réseaux sociaux, vous pourriez être tenté de croire que je vous incite à partir.
Et soyons honnêtes, si c’était aussi simple, c’est bien ce que je vous encouragerais à faire.
Mais ce n’est pas aussi simple. La plus grosse force, le plus gros avantage d’un réseau social, c’est qu’il dispose d’une armée d’utilisateurs. Et parmi eux, vous avez des amis, des membres de votre famille, des collègues de travail…
Si vous travaillez à votre compte, vous avez aussi un vaste vivier de clients potentiels, et vous renoncez à vos chances de les toucher. De minces, ces chances passent à inexistantes.
Alors qu’est-ce qu’on fait ? Quelles sont nos options ?
Quitter nos réseaux sociaux et retrouver notre autonomie sur le web, quitte à se retrouver seul au monde ? Ou rester sur les réseaux sociaux, et accepter les pratiques très problématiques de leurs propriétaires ?
Les stratégies alternatives

Je n’a pas de réponse toute faite sur ce qu’il faut faire.
Pour développer du trafic vers votre site web, faire vivre votre entreprise ou votre communauté, il est indispensable d’aller vers les autres, leur montrer ce que vous faites.
Mais la bonne nouvelle, c’est que le choix entre les réseaux sociaux et l’isolement est un faux dilemme.
Internet n’a pas attendu Facebook, Instagram et autres pour mettre les gens en relation. Et aujourd’hui encore, une part non négligeable des internautes se passe de ces canaux pour développer une vie sociale.
Et soit dit en passant, on n’a pas attendu Internet pour avoir une vie sociale, des réseaux amicaux, familiaux, ou professionnels.
Ayez bien une chose à l’esprit : si 3 milliards de personnes sont présentes sur Facebook, cela signifie que 5 milliards de personnes n’y sont pas.
Et on a tous, dans notre entourage, des personnes qui se passent très bien de Facebook au quotidien.
Ne surestimez pas l’importance des réseaux sociaux pour votre travail : une présence minimale suffit
Nous sommes nombreux à aller quotidiennement sur Facebook, Instagram, etc. Mais plus le temps passe, plus je mesure le temps perdu sur une journée.
Vous vous donnez du mal, pour proposer un contenu intéressant, constructif, travaillé, et surtout vendeur. Pendant ce temps, d’autres font du buzz avec du contenu racoleur, qui en appelle souvent à l’émotion et aux bas instincts.
Votre contenu est noyé dans la masse. Et il faut voir quelle masse !
Il vous faudra beaucoup d’efforts pour attirer les clients… un peu. Ou alors il faudra payer.
À ce compte, une campagne SEA (Search Engine Advertising) sera plus efficace.
Les réseaux sociaux peuvent avoir un intérêt, pour faire acte de présence. Mais ne publiez pas de contenu en espérant que les gens aillent dessus. Vous serez déçus. Et surtout, n’espérez pas trop attirer de trafic vers votre site par ce biais-là. Les algorithmes de ces réseaux ne vous laisseront pas faire, sauf si vous les payez pour ça.
Des canaux qui vous appartiennent : un site et une mailing-list
Avoir votre propre site et une mailing-list, c’est la meilleure façon de fidéliser une communauté.
Ça peut paraître vieillot, mais en matière de conversion, c’est imbattable !
Le principal problème des réseaux comme Facebook, c’est la portée organique de vos publications (aussi appelée reach). Pour que ça convertisse, il faut montrer patte blanche, ou passer à la caisse.
Mais encore une fois, le fond du problème, c’est la plateforme. Tant que votre communauté est hébergée par Facebook ou Instagram, ce n’est pas vraiment votre communauté.
Vous restez en concurrence avec les autres comptes et pages que suivent vos abonnés. Et si leurs publications correspondent mieux aux attendus de la plateforme, ils vous passeront devant.
Sur votre site, vous êtes chez vous. Vous n’êtes en concurrence avec personne. Le seul enjeu que vous ayez, c’est de convaincre vos visiteurs qu’ils sont bien au bon endroit.
Et pour convaincre les gens d’y aller et d’y retourner, le plus simple, c’est de les inscrire sur votre mailing-list. C’est plus difficile que de les inviter à vous suivre sur Facebook et LinkedIn, parce que ça les engage plus. Mais vous aurez affaire à des abonnés beaucoup plus intéressés.
Et surtout, le plus important, c’est que tout ça est bien à vous. Votre site vous appartient, votre mailing-list aussi. La seule personne capable de les fermer, c’est vous-même.
Une approche qualitative et non quantitative
L’économie de l’attention, c’est la course au buzz, à l’engagement. Et certains comptes peuvent aller très loin dans ce sens. Toucher un maximum de monde pour que 1% de conversion représente des résultats satisfaisants.
Mais on peut aussi sortir de l’approche purement quantitative, et penser de façon qualitative. Toucher individuellement chaque abonné, en lui proposant quelque chose qui lui corresponde vraiment.
La contribution volontaire sur des plateformes comme Tipeee ou Ko-Fi est un cas d’école. Il y a un découplage complet entre le nombre d’abonnés d’un YouTuber, par exemple, et le montant total des contributions qu’il reçoit.
Parce que pour convertir une audience en monnaie sonnante et trébuchante, la vraie question n’est pas « combien de personnes vous touchez », mais plutôt « à quel point vous les touchez ».
Ce qui compte vraiment, ce n’est pas combien d’abonnés ou de visiteurs vous avez, c’est votre valeur perçue auprès de chacun d’eux.
Un réseau à conserver : LinkedIn
LinkedIn est un cas à part. Même s’il tend à se rapprocher d’un réseau social classique, il reste dédié au monde du travail.
Filiale de Microsoft, LinkedIn pose certains problèmes. C’est un réseau social américain, propriété d’un géant du web coté en bourse, avec un volet algorithmique qui peut avoir des effets assez lourds.
Mais malheureusement, dans le monde du travail actuel, c’est compliqué de faire complètement l’impasse dessus.
Parce que sur ce segment, cette plateforme est en situation de monopole de fait. Viadeo ou Xing sont minuscules à côté.
Et surtout, ce que la plupart des potentiels employeurs ou clients vont regarder, c’est votre profil LinkedIn
En revanche, il sera lui aussi dans une approche qualitative. Le nombre de contacts que vous avez ou votre taux d’engagement, ce n’est pas ça qui l’intéresse. Bien souvent, il va regarder votre profil comme un portfolio ou un CV. Et ça va lui donner une idée qui vous êtes.
Ce qui mérite toute votre attention, donc, ce n’est pas de convertir beaucoup de monde, c’est de toucher les personnes qui viennent sur votre profil. Cela passe par la qualité de vos conseils, la vision des choses que vous proposez.
Bref, sur LinkedIn, votre but n’est pas de toucher des milliers de personnes, mais de toucher les bonnes personnes, et surtout de les toucher pour les bonnes raisons.
Le Fediverse : les promesses que les réseaux sociaux historiques ne tiennent plus.

J’ai dit plusieurs fois que les réseaux sociaux ne travaillaient pas pour vous, mais que c’était vous qui travailliez pour eux.
Il y a une exception : le Fediverse.
Le Fediverse désigne un ensemble de réseaux sociaux alternatifs. Tous ont deux points communs :
- Ce sont des logiciels libres ;
- Ils sont exploités de façon décentralisée.
Parmi eux, on retrouve Diaspora, Mastodon, Pixelfed, et PeerTube.
Qu’est-ce que ça change, le fait qu’ils soient libres et décentralisés ?
À peu près tout.
C’est un logiciel dont la logique même est de se mettre au service de ses utilisateurs. Donc, vous et moi. La logique est de vous amener vers un contenu de qualité. Et contrairement aux algorithmes de Facebook ou Instagram, vous restez seul juge de cette qualité.
Et surtout, c’est un réseau dont nous sommes tous copropriétaires d’usage. Le code source est en libre accès, et chacun, avec des connaissances techniques suffisantes, peut créer sa propre instance. Autrement dit, vous, moi, nous pourrions créer notre propre serveur Mastodon ou Diaspora. Et sur ce serveur, les règles, c’est nous qui les faisons.
Je vois donc un potentiel réel dans ce type de réseau et je vous invite à vous intéresser, vous aussi.
Merci pour cette réflexion très pertinente et bien documentée.
Il est vrai que trop de web tue le web .
Nous sommes devenus dépendants voire manipulés par les grands sites.
Mais, et vous posez bien le problème : que faire ?